Cession Euriware. L’obscénité et la fureur

Les instances CCE (Comité Central d’Entreprise) et CHSCT (Comité Hygiène Sécurité et Conditions de Travail) d’Euriware ont été consultées la semaine dernière sur la vente d’Euriware à Capgemini. Les élus n’ont pas émis d’avis estimant ne pas avoir assez d’informations sur le devenir des salariés et de la sécurité de l’informatique du ucléaire. La voie est cependant ouverte aux dirigeants d’AREVA et de Capgemini pour signer l’acte de vente.

Le mépris fait maintenant place à l’obscénité et à la fureur.

Place à l’obscénité économique, avec une entreprise bradée à moins de 15% de sa valeur estimée il y a moins d’un an, à laquelle s’ajoute les 6 M€ de dividendes qu’AREVA ne prendra pas cette année en guise de cadeau de bienvenue à Capgemini, permettant au passage une optimisation fiscale ! Et aussi les quelques 3 M€ payés par AREVA pour décoller EURIWARE de l’organisation et des moyens informatiques d’AREVA.

Place à l’obscénité industrielle, avec un risque avéré sur la sécurité de l’informatique du nucléaire, des réseaux informatiques sensibles qui finalement ne seront pas séparés avant la vente à Capgemini contrairement à tout ce qui avait été promis par la DSI d’AREVA à l’automne dernier ; mais aussi avec un bradage des contraintes de sécurité imposées aux futurs utilisateurs du réseau et des applications informatiques d’AREVA, pour aller plus vite et moins cher avec Capgemini.

Place à l’obscénité sociale, avec une lettre de vagues engagements sociaux de la part du repreneur, non datée et sans grande valeur ; avec des négociations qui s’annoncent au pas de charge pour réduire au minimum conventionnel les acquis sociaux des salariés d’Euriware, qui doivent s’attendre à une baisse de 15 à 20% de revenu potentiel par le jeu de la perte de RTT, de l’intéressement, d’une complémentaire santé moins avantageuse, de baisse des primes pour les travailleurs de nuit et pour les astreintes sans garantir pour autant le maintien réel des emplois à moyens termes ; Avec déjà une première conséquence : le passage au rouge de tous les indicateurs de risques psycho-sociaux.

Mais aussi place à la fureur d’une direction d’AREVA, qui vexée de ne pas avoir obtenu le consentement des élus, reporte sa hargne sur le secrétaire du CHSCT Euriware de l’établissement de l’Ouest. Des mots lourds de sens, accusateurs, menaçants et diffamants ont été prononcés par le Responsable des relations sociales vis à vis de notre collègue, et cela en public, en séance de CCE AREVA NP, le jeudi 20 février 2014.

Face à ces obscénités et cette fureur, la CGT Euriware réagira à la mesure des attaques. Nous réagirons tout d’abord devant les tribunaux pour rétablir le droit et la dignité de notre camarade du CHSCT.

Nous réagirons dans les négociations et dans les mobilisations pour défendre nos acquis et refuser cette braderie de nos droits sur l’autel du dogme libéral.

Nous réagirons face aux politiques qui ont accompagné cette vente, docilement, en bons godillots de la République, et qui ouvrent la voie à un démantèlement encore plus vaste du groupe AREVA, synonyme de japonisation du nucléaire français avec toutes les conséquences que cela pourra induire notamment en termes de sécurité des populations.


mardi 4 mars 2014
par  manu

Décès d’un salarié du centre d’appel de Cherbourg : La CPAM reconnaît le suicide comme accident de travail.

Cela fait aujourd’hui un an qu’un salarié travaillant en sous-traitance pour Euriware, la société informatique du groupe Areva, s’est donné la mort. Il travaillait sur la base navale de Cherbourg, dans le Centre d’appels chargé principalement de répondre aux utilisateurs d’Areva ayant des soucis informatiques.

Les faits se sont déroulés le 4 mars 2013, le salarié s’était donné la mort à son domicile après s’être absenté de son poste et avoir reçu un appel de sa hiérarchie. La direction avait alors contesté de reconnaitre l’accident de travail.

L’enquête menée par le CHSCT [1] démontra, malgré une opposition très agressive du directeur local, que les habituels poncifs sur la pluralité des causes, les dangers de l’alcoolisme ou les ravages de la mésentente conjugale ne reposaient sur aucun fondement.

Un recours aux instances juridiques fut donc nécessaire pour rétablir dans leurs droits le salarié défunt et sa famille. Et les preuves engageant la responsabilité des employeurs éclatèrent les unes après les autres.

En effet, le salarié avait décrit sa détresse sous plusieurs formes :

  • un livre tenu comme un journal, décrivant sa descente aux enfers en quelques mois, « Mémoires d’un hotliner chez AREVA » ;
  • un forum privé sur internet exprimant le mal-être incontestable qui l’envahissait ;
  • un message signé laissé sur son écran avant de quitter son poste de travail : « Tu auras sans doute été mon seul ami ».

II était alors difficile de nier la situation : il ne supportait plus les conditions de travail dans ce centre d’appel d’Euriware.

La direction ne peut pas dire qu’elle ignorait le péril. En comité d’établissement, en CHSCT, lors des réunions de Délégués du personnel, en Comité central d’entreprise, nous répétions la même chose : « Le gain ne justifie pas le danger que vous faites courir aux salariés.  »

Bien avant les faits, le CHSCT Euriware a alerté la direction suite à une enquête et fait appel au cabinet spécialisé Technologia afin de mener une expertise sur les conditions de travail du Centre d’appels de Cherbourg. Le rapport rendu alors faisait état de conditions alarmantes que la direction d’Euriware aurait dû prendre à son compte et corriger afin d’éviter la survenue d’un drame.

Plusieurs facteurs font apparaitre des dysfonctionnements dans l’organisation même du travail, des conditions dévalorisantes et éprouvantes, la pression sur les sous-traitants, le stress dû au multi-management, le chronométrage des tâches, leur répétition, la non reconnaissance du travail accompli, l’impossibilité d’apporter ses initiatives, inhibant du même coup toute forme de satisfaction, d’intelligence ou de valeur de l’individu. Nul ne l’ignorait, nul ne peut s’en défendre.

A ces dénis d’évidence s’ajoutent durant cette triste période les accusations de la direction portées envers le secrétaire du CHSCT et se traduisant par un avertissement. Cette sanction est actuellement contestée par la CGT Euriware (jugement prévu le 28 avril 2014).

Enfin, le 15 octobre 2013, s’appuyant sur le travail du CHSCT, l’avocate a plaidé la reconnaissance des faits cités ci-dessus et la CPAM a reconnu que le suicide de ce salarié « résulte des problèmes qu’il a rencontrés dans le cadre de son travail, et est donc bien survenu par le fait du travail ».

C’est exceptionnel. Il est en effet rarissime qu’un suicide commis en dehors du lieu de travail soit reconnu en accident de travail.

Depuis, rien n’a changé, la direction locale n’a tiré aucune leçon de cette tragédie, si ce n’est l’accélération d’une sous-traitance de façade permettant de déporter les responsabilités en cas de problème.

Posons-nous ces questions :

  • le gain de quelques dizaines de milliers d’euros par Areva justifie-t-il la mort d’une personne ?
  • La recherche du coût le plus bas doit-elle entraîner la souffrance de tout un service, même composé de sous-traitants taillables et corvéables à merci ?
  • Où est le soi-disant « dialogue social », si dans un groupe comme Areva, personne n’écoute les instances du personnel avant la catastrophe ?
  • Quelle est la responsabilité personnelle et morale des dirigeants qui ne changent rien, ni avant, ni après ?
  • Quand va-t-on mettre un terme à une telle organisation du travail pathogène ?

En mémoire à notre collègue et en plein accord avec sa famille, la CGT Euriware demande que durant la journée du 4 mars 2014 sur l’ensemble de l’entreprise, les salariés suspendent leur activité pour une minute de silence.

Notre pensée ira tout particulièrement à ses proches.



[1] comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail


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